Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/79

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Ce matin, jour du mariage, Firmin et son ami sont arrivés plus tôt que je ne les attendais.

Assise et occupée à démêler la chevelure difficile de Nicole, je ne les entendis pas s’approcher de la maison, et ce ne fut qu’au bruit de leurs pas sur le seuil que je tournai la tête de leur côté. Firmin, les yeux vifs et l’allure dégagée, donnait le bras à Valère Chatellier beaucoup plus grand que lui. Et avant que j’aie eu le temps de me lever tous deux étaient en face de moi et Firmin disait :

— Annette, voici mon ami.

Et il reculait comme pour laisser à Valère Chatellier une plus grande place.

Je tendis la main au jeune homme avec un peu de gêne. Le regard clair qu’il attachait sur moi me faisait souvenir que j’étais boiteuse, et pour la première fois, j’avais honte de le laisser voir. Il me fallut bien le montrer, mais j’en restais gêné au point de ne plus savoir marcher à l’aise.

Cette journée d’avril n’a pas amené avec elle le beau temps. Un vent froid souffle par la campagne. Et à l’instant où nous prenons nos rangs pour aller à l’église, une nuée menaçante nous fait lever le nez avec inquiétude. Tante Rude qui craint pour sa robe de soie, commande :

— Rentrons. C’est une giboulée qui sera vite passée.

La nuée file en effet, comme pressée de porter ailleurs une partie des choses désagréables qu’elle commence à déverser ici. Elle sème d’énormes flocons de neige que le vent chasse et accroche comme des fleurs aux arbres à peine feuillus.

Un oiseau qui chantait sur une branche du