Page:Audoux - De la ville au moulin.djvu/82

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les enfants tandis que son ami marche ou se repose à mes côtés.

Valère Chatellier n’a rien de la gaieté malicieuse de Firmin. Le plus souvent, il paraît accablé de tristesse. Et même, lorsqu’il s’efforce à la gaieté, sa conversation a toujours une tournure grave. Certains jours, sa tristesse nous saisit, Firmin et moi, comme un froid subit. Assis tous trois sur un talus, ou sur quelque tronc d’arbre couché dans l’herbe, nous restons silencieux et sans envie de nous mêler au jeu des enfants. Firmin alors, cherche de la chaleur dans ses souvenirs. Il dit une fois de plus combien il me sait gré d’avoir remplacé notre mère auprès de lui. Toujours il s’étonne de ma précocité de fillette. « Comme tu as été patiente » répète-t-il. Et il raconte à ce sujet des faits dont je ne me souviens plus. Un fait que je n’ai pas oublié plus que lui c’est l’accident arrivé par sa faute au petit Nicolas.

Il avait eu l’imprudence de mettre l’enfant debout sur une table pour lui apprendre à faire Guignol, mais en reculant, Nicolas était tombé de la table et resté sur le dos sans souffle ni mouvement. Épouvantée, j’avais saisi l’enfant et l’avais porté en courant vers l’hôpital voisin. Firmin suivait croyant avoir tué son petit frère, et si défait lui même qu’il semblait prêt de mourir aussi.

Heureusement, Nicolas n’était qu’évanoui, et après quelques soins le médecin tout content me l’avait remis dans les bras :

— Tenez Mademoiselle, voilà votre petit.

Mais la peur et la joie nous avaient si fort malmenés Firmin et moi que nous n’avions pu repartir