Page:Audubon - Scènes de la nature, traduction Bazin, 1868, tome 1.djvu/69

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ments si extraordinaires, il a suffi de la courte période d’une vingtaine d’années ; alors, malgré moi, je m’arrête saisi d’étonnement ; tout cela est un fait accompli, je le sais ; et néanmoins j’ai peine encore à croire à sa réalité.

Ces changements sont-ils pour un bien ou pour un mal ? Je ne prétends pas le décider. Mais quoi qu’il en puisse être de mes secrètes préférences, je me permettrai du moins d’exprimer un regret : pourquoi, en effet, n’existe-t-il pas dans nos archives quelque rapport un peu satisfaisant sur l’état de cette portion du pays, à compter de l’époque où notre peuple y fit ses premiers établissements ? Serait-ce qu’en Amérique il n’y aurait personne à la hauteur d’une telle tâche ? Non assurément ! nos Irving, nos Cooper, ont donné de leur compétence à cet égard des preuves qui ne laissent rien à désirer. Disons plutôt que la faute en est aux changements qui, sur ce théâtre, se succèdent avec une si merveilleuse rapidité, que leur plume même aurait à peine le temps de les constater. Eh bien ! il n’est pas trop tard encore ; et mon vif, mon sincère espoir est que l’un ou l’autre, ou même tous les deux, mettront, sans tarder, la main à l’œuvre, pour charmer les générations futures, en nous décrivant, mieux que personne ne pourrait le faire, l’état primitif de ces contrées dont la forme et les beautés naturelles vont s’effaçant si promptement sous les pas d’une population toujours croissante. Oui ! j’espère, avant de terminer ma course sur cette terre, j’espère lire les récits de ces délicieux écrivains, nous dépeignant les progrès de la civilisation