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FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS

du 14 août 1910 [56]




EMMA


Par Jane Austen


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Traduction de M. PIERRE DE PULIGA


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XLVII


Jusqu’au moment où elle se sentit menacée de perdre la priorité dans les affections de M. Knightley, Emma ne s’était jamais rendu compte combien il importait à son bonheur de la conserver. Elle savait pourtant ne pas mériter la préférence qu’il lui témoignait depuis des années ; elle avait souvent été peu amicale, repoussant les conseils qu’il lui donnait et souvent même le contredisant exprès, se querellant avec lui contre toute raison. Néanmoins il ne s’était jamais lassé de veiller sur elle et de s’efforcer de la rendre meilleure. Malgré tous ses défauts, elle savait lui être chère, elle n’osait plus dire : très chère ? De toute façon, il ne se mêlait aucun aveuglement à l’affection que M. Knightley avait pour elle : combien il s’était montré choqué de la moquerie à l’adresse de Mlle Bates ! Ces reproches étaient justifiés, mais ne pouvaient provenir que d’un sentiment d’affectueux intérêt et non d’une tendresse passionnée. Elle ne nourrissait donc personnellement aucun espoir d’être aimée, mais, par moment, elle se prenait à espérer qu’Henriette s’était illusionnée sur l’affection de M. Knightley à son égard. Elle le souhaitait, non seulement pour elle-même, mais pour lui : elle souhaitait seulement qu’il demeura célibataire toute sa vie, si rien n’était changé pour son


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