Page:Austen - La Famille Elliot T1.djvu/162

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Il était alors sur le même sopha qu’Alice, et seulement séparé d’elle par mistriss Musgrove, qui n’était pas, il est vrai, une mince barrière ; son embonpoint énorme, son gros visage réjoui, semblaient bien plus formés pour exprimer la joie et la bonne humeur que la tendresse et le sentiment : la forme élégante d’Alice, son expression intéressante et pensive, formaient un parfait contraste. Elle put cacher son trouble derrière la figure massive de la bonne maman, dont le capitaine écoutait les lamentations sur la destinée d’un fils dont jamais personne ne s’était soucié, avec une attention dont on dut lui savoir gré. Certainement il n’y a nulle proportion nécessaire entre le physique et le moral ; une grosse figure a tout autant de droits à une profonde affliction que la plus svelte et la plus gracieuse ; mais belle ou non, il y a des disparates contre lesquelles la raison veut en vain plaider, que le bon goût ne peut tolérer, et qui prêtent toujours au ridicule ; et mistriss Musgrove, riant constamment de tout, se réjouissant de tout, ne pensant pas plus au pauvre Dick que s’il n’avait jamais existé, et le pleurant tout-à-coup comme s’il était mort la veille, et qu’il eût été un sujet bien distingué, était bien du nombre.