Page:Austen - La Famille Elliot T1.djvu/193

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être vont-ils nous héler d’une de ces collines ; ils ont le projet de venir de ce côté ; peut-être les trouverons-nous dans quelque fossé : cela leur arrive souvent, je vous assure ; mais ma sœur dit que cela ne lui fait rien, et qu’il lui est égal de verser ou non, pourvu que ce soit avec l’amiral.

— Je n’en suis pas surprise, dit Louisa : à sa place, je penserais de même, si j’aimais quelqu’un comme elle aime l’amiral : je voudrais être toujours avec lui ; rien ne pourrait m’en séparer, et je préférerais être renversée par lui, plutôt que d’être conduite prudemment par un autre. » Cela fut prononcé avec chaleur et enthousiasme.

« Vraiment ? s’écria Wentworth sur le même ton ; eh bien, chère Louisa, je vous honore de penser ainsi. » Ils gardèrent tous deux le silence pendant quelques instans.

Alice aussi était rêveuse : les douces scènes de l’automne avaient disparu à ses yeux, qui, malgré elle, se remplissaient de larmes. La légère, l’insouciante Louisa venait d’exprimer ce qu’elle avait senti mille fois, ce qu’elle aurait pu éprouver encore. À quelles misérables considérations avait-elle sacrifié toutes ses espérances de félicité, et l’amour de celui