Page:Austen - La Famille Elliot T1.djvu/25

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ce qui est bien réellement le suprême bonheur, une femme d’un mérite distingué, et digne à tous égards d’un meilleur sort que celui dont elle avait joui ; sensible, aimable, vertueuse, elle n’eut qu’un seul tort dans sa vie, celui d’être entraînée, bien jeune encore, par la belle apparence de sir Walter, à lui donner son cœur, et le titre de baronnet décida ses parens à l’accepter pour gendre. La jeune épouse ne tarda pas à être convaincue qu’on peut devenir milady et femme d’un bel homme sans en être plus heureuse ; mais elle avait fait son sort ; elle le supporta avec un courage, une patience, une douceur qui ne se démentirent jamais : pendant dix-sept ans elle ne fut occupée qu’à supporter, adoucir et cacher les torts de son mari, à le faire respecter par le respect qu’elle lui témoignait elle-même, dissimulant l’ennui profond qu’il lui faisait éprouver, et trouvant dans ses devoirs, ses amis, et l’éducation de ses enfans, de quoi remplir sa vie, et des motifs assez puissans pour ne pas la quitter sans regret. Trois filles, l’une de seize ans, la seconde de quatorze, et la plus jeune de neuf, étaient une terrible charge à laisser aux soins d’un père tout-à-fait incapable de les guider et de les protéger :