Page:Austen - La Famille Elliot T1.djvu/46

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ce fut en vain ; l’éloquence de Lady Russel n’eut aucun succès, et l’avis d’Alice ne fut pas même écouté : dès les premiers mots du projet de réforme entière, sir Walter et miss Elisabeth jetèrent les hauts cris : Un tel projet était insensé, impraticable. Quoi ! chaque jouissance, chaque bien-être, chaque devoir d’un homme tel que lui ; ses chevaux, sa table ouverte, son nombreux domestique, ses voyages à Londres, son train de maison, toutes ces dépenses de première nécessité devaient être retranchées ou réduites ! avoir à peine l’existence d’un gentilhomme de campagne, lui, sir Walter Elliot ! Impossible, absurde. Ces mots furent cent fois répétés par le père, par sa fille chérie. « Non, non, dit sir Walter avec fermeté ; qu’on cherche d’autres moyens moins humilians ; non, je quitterai plutôt Kellinch-Hall, que d’y rester sous de telles conditions. »

Quitter Kellinch-Hall… M. Shepherd, qui jusqu’alors avait gardé le silence, ouvrit les oreilles, et saisit ce mot. Il était lui-même un des créanciers de sir Walter, et par conséquent fort intéressé à ces retranchemens ; et persuadé qu’on n’en ferait aucun qu’on ne changeât de demeure, c’était son unique projet,