Page:Austen - Les Cinq filles de Mrs Bennet.djvu/10

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Mrs. Bennet ne daigna pas répondre ; mais, incapable de se maîtriser, elle se mit à gourmander une de ses filles :

— Kitty, pour l’amour de Dieu, ne toussez donc pas ainsi. Ayez un peu pitié de mes nerfs.

— Kitty manque d’à-propos, dit le père, elle ne choisit pas le bon moment pour tousser.

— Je ne tousse pas pour mon plaisir, répliqua Kitty avec humeur. Quand doit avoir lieu votre prochain bal, Lizzy ?

— De demain en quinze.

— Justement ! s’écria sa mère. Et Mrs. Long qui est absente ne rentre que la veille. Il lui sera donc impossible de nous présenter Mr. Bingley puisqu’elle-même n’aura pas eu le temps de faire sa connaissance.

— Eh bien, chère amie, vous aurez cet avantage sur Mrs. Long : c’est vous qui le lui présenterez.

— Impossible, Mr. Bennet, impossible, puisque je ne le connaîtrai pas. Quel plaisir trouvez-vous à me taquiner ainsi ?

— J’admire votre réserve ; évidemment, des relations qui ne datent que de quinze jours sont peu de chose, mais si nous ne prenons pas cette initiative, d’autres la prendront à notre place. Mrs. Long sera certainement touchée de notre amabilité et si vous ne voulez pas faire la présentation, c’est moi qui m’en chargerai.

Les jeunes filles regardaient leur père avec surprise. Mrs. Bennet dit seulement :

— Sottises que tout cela.

— Quel est le sens de cette énergique exclamation ? s’écria son mari, vise-t-elle les formes protocolaires de la présentation ? Si oui, je ne suis pas tout à fait de votre avis. Qu’en dites-vous, Mary ? vous qui êtes une jeune personne réfléchie, toujours plongée dans de gros livres ?

Mary aurait aimé faire une réflexion profonde, mais ne trouva rien à dire.