Page:Austen - Les Cinq filles de Mrs Bennet.djvu/20

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lui avait inspiré le moindre intérêt ; personne ne lui avait marqué de sympathie ni procuré d’agrément. Il reconnaissait que miss Bennet était jolie, mais elle souriait trop.

Mrs. Hurst et sa sœur étaient de cet avis ; cependant, Jane leur plaisait ; elles déclarèrent que c’était une aimable personne avec laquelle on pouvait assurément se lier. Et leur frère se sentit autorisé par ce jugement à rêver à miss Bennet tout à sa guise.



V


À peu de distance de Longbourn vivait une famille avec laquelle les Bennet étaient particulièrement liés.

Sir William Lucas avait commencé par habiter Meryton où il se faisait une petite fortune dans les affaires lorsqu’il s’était vu élever à la dignité de « Knight »[1] à la suite d’un discours qu’il avait adressé au roi comme maire de la ville. Cette distinction lui avait un peu tourné la tête en lui donnant le dégoût du commerce et de la vie simple de sa petite ville. Quittant l’un et l’autre, il était venu se fixer avec sa famille dans une propriété située à un mille de Meryton qui prit dès lors le nom de « Lucas Lodge ». Là, délivré du joug des affaires, il pouvait à loisir méditer sur son importance et s’appliquer à devenir l’homme le plus courtois de l’univers. Son nouveau titre l’enchantait, sans lui donner pour cela le moindre soupçon d’arrogance ; il se multipliait, au contraire, en attentions pour tout le monde. Inoffensif, bon et serviable par nature, sa présentation à Saint-James avait fait de lui un gentilhomme.

Lady Lucas était une très bonne personne à qui ses facultés moyennes permettaient de voisiner agréable-

  1. Chevalier.