Page:Austen - Les Cinq filles de Mrs Bennet.djvu/58

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— Être incapable de pardonner ! Eh bien ! voilà qui est un défaut ! Mais vous l’avez bien choisi ; il m’est impossible d’en rire.

— Il y a, je crois, en chacun de nous, un défaut naturel que la meilleure éducation ne peut arriver à faire disparaître.

— Le vôtre est une tendance à mépriser vos semblables.

— Et le vôtre, répliqua-t-il avec un sourire, est de prendre un malin plaisir à défigurer leur pensée.

— Faisons un peu de musique, voulez-vous ? proposa miss Bingley, fatiguée d’une conversation où elle n’avait aucune part. Vous ne m’en voudrez pas, Louisa, de réveiller votre mari ?

Mrs. Hurst n’ayant fait aucune objection, le piano fut ouvert et Darcy, à la réflexion, n’en fut pas fâché. Il commençait à sentir qu’il y avait quelque danger à trop s’occuper d’Elizabeth.




XII


Comme il avait été convenu entre les deux sœurs, Elizabeth écrivit le lendemain matin à sa mère pour lui demander de leur envoyer la voiture dans le cours de la journée. Mais Mrs. Bennet qui avait calculé que ses filles resteraient une semaine entière à Netherfield envisageait sans plaisir un si prompt retour. Elle répondit donc qu’elles ne pourraient pas avoir la voiture avant le mardi, ajoutant en post-scriptum que si l’on insistait pour les garder plus longtemps on pouvait bien se passer d’elles à Longbourn.

Elizabeth repoussait l’idée de rester davantage à Netherfield ; d’ailleurs elle ne s’attendait pas à recevoir une invitation de ce genre et craignait, au contraire, qu’en prolongeant sans nécessité leur séjour elle et sa sœur ne parussent indiscrètes. Elle insista