Page:Azaïs - Jugement philosophique sur J.J. Rousseau et sur Voltaire.djvu/55

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


commander, il conduisait les succès de la philosophie comme une affaire ou une intrigue dans laquelle il s’agissait de réussir et non de s’honorer. Très-habile à manier l’ironie, le sarcasme, le ridicule, il s’était réservé le principal emploi de cette arme pénétrante. Il usait même de l’arme honteuse de la licence ; il avilissait ainsi ses talens et la littérature ; mais, pressé d’atteindre son but, il y parvenait ; il s’introduisait partout ; il descendait jusque dans les dernières classes du peuple ; il étendait son règne sur tous les genres d’esprit.

Ah ! si nous devons regretter le temps et les talens que Fénélon employa en faveur de vaines querelles du jansénisme et du quiétisme, nous devons bien regretter aussi que le talent si fécond, si brillant, si délicat de Voltaire se soit prostitué si fréquemment à des fonctions misérables qui flétriront à jamais sa mémoire par la manière dont il eut la faiblesse de les remplir. Si, à l’aide de la finesse de son esprit, de la sagacité de son jugement et de sa facilité prodigieuse, il se fût borné à soutenir la cause de la philosophie par des ouvrages d’une littérature aimable et décente, il aurait couvert l’Europe de productions pleines d’intérêt et de charmes ; il aurait moins pré-