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EN PRISON À BERLIN

en Cour martiale sous accusation d’espionnage, et enfin, fut envoyé à la prison de Berlin où nous eûmes l’avantage de nous lier d’amitié avec lui.

Durant la première année de son internement, M. Moores avait écrit à sa femme, en Angleterre, une carte postale qui restera fameuse, dans laquelle il lui donnait d’abord des nouvelles de sa santé, et ajoutait un mot au sujet de la nourriture que l’on nous servait. Voici en quels termes il s’exprimait : — “The food we are getting here is unspeakable ; it is enough to keep a man from dying, but it is not sufficient to keep a man living !” (La nourriture que nous recevons est affreuse, elle nous permet d’exister, mais elle n’est pas suffisante pour nous faire vivre.) Il fallait, on le reconnaîtra, une certaine dose de hardiesse pour confier au courrier une carte ainsi conçue. Dès le lendemain, le censeur faisait son apparition à la prison et se rendait tout droit à la cellule de M. Moores, avec la carte compromettante. Il lui représenta qu’il était vraiment imprudent de sa part d’envoyer en Angleterre une correspondance de cette nature. Lorsque M. Moores lui fit remarquer qu’il n’avait exagéré en rien, que tout ce qu’il avait dit était l’exacte vérité, le censeur crut devoir lui expliquer, en manière d’excuse, que si l’Allemagne ne donnait pas à ses prisonniers une nourriture plus substantielle, c’est qu’elle en était empêchée par le blocus maintenu contre elle par la mère-patrie même de celui qui se plaignait.

Le menu de la prison, tel que je l’ai connu et pra-