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EN PRISON À BERLIN

réalité, c’était, une dénonciation formelle de Russell : il y était dit que Russell avait servi, en Belgique, comme espion aux gages du gouvernement anglais.

Étonnement et indignation de Kirkpatrick. Maclinks, sans attendre les remarques que pouvait lui faire Kirkpatrick, lui expliqua, comme pour se justifier, qu’en sa qualité d’ofticier de réserve autrichien (!) il ne pouvait se soustraire à son devoir, et que c’était pour obéir à sa conscience qu’il avait dénoncé Russell. On conçoit aisément l’état d’âme dans lequel se trouva M. Kirkpatrick. Il se leva et menaça Maclinks de le frapper s’il ne sortait pas immédiatement de sa cellule.

Cet incident, qui fut connu immédiatement par toute la prison, y créa une atmosphère que je ne saurais décrire. Ce soir-là, tout était lugubre autour de nous : nous ne savions vraiment de quel côté regarder. Il nous semblait que chaque cellule recelait un ennemi. Une pareille affaire ne pouvait-elle arriver, un jour ou l’autre, à chacun de nous ? Le spectre des oubliettes et la perspective d’une exécution sommaire nous hantait horriblement. La position de Maclinks, que nous considérions comme un véritable espion, devint intenable, et il dut demander un changement. Quelques semaines plus tard, il sortait de la prison pour n’y plus revenir.

Il y a ceci de particulier en Allemagne, — terre classique de l’espionnage, — c’est qu’on se défie formidablement de tous ceux qui ont pu, occasionnellement, servir d’espions au service même du pays.