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MILLE ET UN JOURS

pressais d’aller immédiatement auprès de la Kommandantur, afin d’obtenir la permission de m’accompagner jusqu’à Anvers et Capellen, pour assister aux funérailles, il eut pour toute réponse : — « Madame est déjà inhumée depuis deux jours ! »… Vous concevez, M. le docteur, qu’après avoir subi un traitement aussi inhumain que celui-là, il m’est impossible, si je veux garder un certain respect pour ma dignité, de faire aucune nouvelle démarche tendant à obtenir une faveur du gouvernement allemand : on m’a refusé ce qui était juste, je n’ai plus rien à demander ! »

Le vieux médecin était triste et embarrassé ; c’était comme si je lui avais ouvert les yeux sur un côté de cette mentalité allemande qui paraissait lui échapper entièrement. Il hésita quelques secondes, puis me promit tout de même de faire des démarches dans le but de procurer quelque adoucissement au régime dont je souffrais.

Deux jours après, des instructions arrivaient à la prison. On craignait, naturellement, des représailles du côté de l’Angleterre, où l’on savait que ma santé était sérieusement menacée par suite de mon internement. Ces instructions stipulaient que je pourrais sortir, accompagné d’un sous-officier, deux fois par semaine, durant l’après-midi, que ma promenade se ferait au parc, qu’il ne me serait pas permis de parler à qui que ce soit, ni d’entrer où que ce soit, de plus, que le sous-officier et moi nous de-