Page:Büchner - La Mort de Danton, trad. Dietrich, 1889.djvu/309

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à une grande distance, —alors sa poitrine se déchirait, il s’arrêtait, haletant, le corps courbé en avant, les yeux et la bouche grands ouverts, comme s’il voulait aspirer en lui et absorber la tempête; il s’étendait et se couchait sur la terre, il se plongeait.au sein de l’univers, éprouvant une joie qui le faisait souffrir; ou bien il se tenait tranquille, reposant sa tête sur la mousse et fermant à demi les yeux. Alors tout s’éloignait de lui, la terre cédait sous son corps, elle devenait petite comme une étoile en marche et se plongeait dans un fleuve mugissant dont les flots limpides coulaient à ses pieds. Mais cela ne durait qu’un instant. 11 se relevait bientôt, dégrisé, ferme et calme, comme si un spectacle fantasmagorique avait tout simple- ment passé devant ses yeux; il ne se souvenait plus de rien. Vers le soir il arriva au sommet de la montagne, sur le plateau neigeux par lequel on regagne la plaine du côté de l’ouest; il s’y assit. A cette heure la nature s’était rassérénée; les nuages reposaient immobiles dans le ciel ; aussi loin que s’étendait le regard, rien que des sommets d’où partaient de larges plaines. Tout était tranquille, gris, crépusculaire. Il se sentait affreusement isolé, il était seul, tout seul; il voulait se parler à lui-même, mais il ne le pouvait pas. Il osait à peine respirer. La flexion de son pied résonnait sous lui comme le tonnerre. Il dut s’asseoir. Une angoisse indicible s’empara de lui dans ce