Page:Büchner - La Mort de Danton, trad. Dietrich, 1889.djvu/333

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


puis retombait épuisé ; il versait les larmes les plus brûlantes, puis soudain recouvrait la force, se relevait froid et indifférent ; ses larmes lui faisaient alors l’effet d’être de la glace, il lui fallait rire. Son abattement était en raison de son énergie première. Tout affluait de nouveau en lui. De vagues souvenirs de son ancien état le faisaient tressaillir et jetaient des éclairs dans le vaste chaos de son esprit. Le jour il restait ordinairement assis en bas dans la chambre. Madame Oberlin entrait et sortait ; lui, il dessinait, peignait, lisait, saisissait chaque distraction, passant hâtivement d’une chose à une autre.

Mais maintenant il s’attachait en particulier à Madame Oberlin. Il aimait à la voir assise là, son livre de messe devant elle, à côté une plante domestique, son plus jeune enfant entre ses genoux. Lenz s’occupait beaucoup aussi de cet enfant. Un jour il était assis dans la chambre, lorsque tout à coup il bondit, se mit à courir de long en large. La porte à demi ouverte, il entendait chanter la servante, d’abord d’une façon indistincte, puis il perçut les paroles : En ce monde je n’ai pas de joie; J’ai mon amant, et il est loin.

Cela l’empoigna, ces sons le mirent hors de lui. Madame Oberlin le regarda. Il prit courage, il ne pouvait plus se taire, il devait parler de cela: « Chère Madame Oberlin, ne pouvez-vous me dire