Page:Büchner - La Mort de Danton, trad. Dietrich, 1889.djvu/410

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LETTRES A SA FIANCÉE


Giessen, 1838.

Il n’y a pas ici de montagne d’où la vue puisse s’étendre. Collines à la suite de collines, puis de larges vallées,—une froide médiocrité en tout. Je ne puis m’habituer à cette nature, et la ville est exécrable. Chez nous c’est le printemps, je puis remplacer sans cesse ton bouquet de violettes, il est immortel comme le Lama. Chère enfant, que fait donc la bonne ville de Strasbourg ? il s’y passe toutes sortes de choses, et tu n’en dis pas un mot. € Je baise tes petites mains, en goûtant les souvenirs doux de Strasbourg.

Prouve-moi que tu m’aimes encore beaucoup en me donnant bientôt des nouvelles 4 ». Et je t’ai fait attendre ! Depuis quelques jours déjà je prends à tout moment la plume en main, mais il m’a été impossible d’écrire un seul mot. J’étudiais l’histoire de la Révolution. Je me sentais comme anéanti sous le fatalisme horrible de l’histoire. Je trouve dans la nature humaine une affreuse similitude, dans les événements humains une puissance inévitable accordée à tous et à aucun. L’individu n’est que de l’écume sur le flot, la grandeur qu’un pur hasard,

1. Les phrases entre guillemets sont en français dans l’original. Plusieurs de ces phrases, incorrectes ou bizarres, ne donnent pas une haute idée de la façon dont Büchner possédait à ce moment notre langue. (Note du traducteur).