Page:Büchner - La Mort de Danton, trad. Dietrich, 1889.djvu/427

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AU TOMBEAU DE MON FRÈRE


Par Louise BUCHNER.


Après une longue, une longue attente, je me suis penchée au bord de ton tombeau ; après beaucoup de larmes amères j’ai vu ce morceau de terre qui recouvre tout ce qui, depuis que la vie s’est éveillée en elle, a fait l’objet de la tendresse de l’enfant.

L’enfant… ô douleur ! comme telle seulement je t’ai connu ; si maintenant tu surgissais de la tombe, tu aurais peine à me reconnaître. Mais ici, à côté de ton tombeau, en dépit de mon immense douleur, un sentiment s’éveille avec une merveilleuse clarté au plus profond de mon âme.

Trop tôt disparu pour moi, tu étais l’étoile de vie qu’à toute heure je cherchais au ciel ; son rayon était mon flambeau, elle entraînait mon esprit en avant, elle me montrait la route du beau, de la vérité.

Et que, constamment fidèle, mon cœur l’ait toujours suivie ; que je me tienne ici sans repentir, cela adoucit ma douleur ; et aussi qu’au fond de mon âme veille le même feu qui embrasait ta poitrine avec une rare puissance d’amour !

1. Ces deux pièces font partie d’un recueil de poésies intitulé Frauenherz (Cœur de femme), publié en 1862 par la sœur de Georges Büchner. (Note du traducteur).