Page:Baju - L’École décadente, 1887.djvu/8

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terre ; l'honnête homme exaspéré par le triomphe du Mal et vaincu par l'omnipotence d’une destinée hostile s’affale de lassitude, de torpeur et d’ennui.

Une littérature nouvelle, correspondant avec l’état mental de la société, devait être la conséquence de cette situation d’esprit et de la séparation des classes.


SPLEEN MODERNE


Notre époque n’est point malade ; elle est fatiguée, elle est écœurée surtout. Les plus nobles tentatives de philanthropie ont échoué par la faute de ceux même dentelles auraient amélioré le sort. Que d’hommes, poussant l’abnégation jusqu’en mépris de la promiscuité, ont travaillé au bonheur de l’humanité et n’en ont retiré que des conspirations !


Tout ce qu’on a fait pour élever le niveau moral et intellectuel des masses est demeuré sans résultat. Étrange la société de l’avenir l’aristocratie ne fera que s’affiner de jour en jour au progrès de la civilisation, tandis que les classes inférieures s’avilissant davantage, découvriront toutes les sortes d’infamies possibles et de turpitudes inconnues.

En face de ces lamentables succès, l’homme intellectuel sent un dégoût profond et le spleen incurable, inévitable, l'assaille, le broie comme la voûte d'une église