Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/140

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demander : que faire face à quelqu’un ayant commis un acte criminel ? On se doute que posée ainsi la question donnerait lieu à de multiples réponses. L’une d’elles serait peut-être la classique interrogation déjà abordée dans le chapitre précédent : « Cet individu est-il dangereux ? » À priori on ne voit pas pourquoi celui qui aurait commis telle action serait plus dangereux que celui qui ne l’aurait pas encore commise, c’est-à-dire n’importe qui. « Mais qui nous dit qu’il n’est pas un tueur en série ? » Dans certains pays barbares où l’on peut en déplorer jusqu’à un tous les cinq ans, on est loin de les arrêter tous. Or la série s’interrompt toujours. Mais ce sont des cas limites.

Les plombiers cannibales existent et les nécrophiles et aussi les siamois et autres monstres. La tératologie nous enseigne ceci : que rien n’est plus rare qu’une rareté. Face à un couple siamois, à un hermaphrodite, que faire sinon inventer des rapports différents ?

Infiniment plus répandus les requins et bandits qui jamais ne se font reconnaître comme délinquants et qui peuvent acculer au suicide des employés licenciés ou persécutés. Souvent la porte blindée intérieure est une solution ou le maquis à plusieurs jusqu’à une résistance organisée.

Mais que faire d’un voleur invétéré, d’un repris de justice ? Le métier de voleur est très risqué et je ne connais pas de mauvais sujet qui ne préfèrerait être marchand de biens ou présentateur de télévision. Qu’on donne aux voleurs un métier très lucratif ; voleurs ils le resteront peut-être, mais pas plus qu’un honnête homme. Certains aiment pourtant l’aventure ; ils feraient merveille comme navigateurs solitaires, alpinistes ou correspondants de guerre. Des sponsors seraient ravis de parrainer d’anciens vauriens. Mais tout le monde alors voudrait… Voilà qui serait bien étonnant ! Depuis quand la majorité aurait-elle le goût du risque ? Resteraient les rebelles… On ne peut rien faire des rebelles.

Les jeunes pauvres ne savent pas comment se sortir de cette vie couleur de béton. À quinze ans, la misère suinte de chaque souvenir, c’est l’ennui des garderies où l’on a vécu toutes les aubes