Page:Baker - Pourquoi faudrait-il punir, 2004.djvu/156

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que des membres des escadrons de la mort étaient considérés comme des personnes respectables par leurs collègues et voisins et que la plupart du temps leurs enfants et leur épouse ignoraient leurs activités « militantes ». D’apprendre qu’ils s’étaient conduits en bouchers et en tueurs en série était pour les familles un tremblement de terre. Ainsi l’aveu n’était-il pas — ou pas seulement — un moyen d’échapper à la punition et les victimes ont-elles été vite convaincues qu’elles partageaient avec les familles « d’en face » un traumatisme qu’il fallait supporter le plus dignement possible, la compréhension se révélant la seule voie pour se mettre l’esprit et le cœur au large.

Rendons à César ce qui est à César. On ne peut nier que les chrétiens soient à l’origine de la plupart des mouvements contestataires de la Justice pénale visant au remplacement de la punition par le pardon. Desmond Tutu est un prêtre, un évêque, c’est lui qui convainquit[1] Nelson Mandela d’essayer, pour une fois, de rendre justice autrement pour des meurtres et des actes de barbarie.

Ce fut un bouleversement. Car jusque-là, les rencontres entre victimes et offenseurs excluant toute idée de punition semblaient ne pouvoir fonctionner que pour des affaires « sans gravité ». Et soudain on voyait à l’œuvre ce principe pour les assassinats les plus atroces.


Le monde judiciaire est partout tellement frileux et esclave de la presse qu’on n’a pas tenté d’examiner ce que donnerait une médiation comme la commission Vérité et Réconciliation dans le cas d’un crime. Pourtant la Justice en France évolue, presque en secret. Vers la fin des audacieuses années déjà évoquées, deux lois ont été votées le 11 juillet 1975 qui allaient toutes deux dans le sens d’une conciliation susceptible d’apaiser un conflit. La première, concernant la réforme du divorce permet à des époux de se séparer sans avoir à prouver une faute, par simple consentement

  1. Ses arguments ne s’appuyaient d’ailleurs pas sur sa foi religieuse mais sur des pratiques ancestrales africaines de règlement des conflits.