Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/35

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geste de modestie et un sourire, j’allais me coucher, fatigué de ces courses énormes que nous autres, pauvres médecins, faisons à pied, presque pour l’amour de Dieu, pendant les premiers jours de notre carrière, lorsque ma vieille servante vint me dire qu’une dame désirait me parler. Je répondis par un signe, et sur-le-champ l’inconnue entra dans mon cabinet. Je la fis asseoir au coin de ma cheminée, et restai vis-à-vis d’elle, à l’autre coin, en l’examinant avec cette curiosité physiologique particulière aux gens de notre profession, quand ils prennent la science en amour. Je n’ai pas souvenance d’avoir rencontré dans le cours de ma vie une femme qui m’ait aussi fortement impressionné que je le fus par cette dame. Elle était jeune, simplement mise, médiocrement belle cependant, mais admirablement bien faite. Elle avait une taille très cambrée, un teint à éblouir et des cheveux noirs très-abondans. C’était une figure méridionale, tout empreinte de passions, dont les traits avaient peu de régularité, beaucoup de bizarrerie même, et qui tirait son plus grand charme de la physionomie ; néanmoins, ses yeux vifs avaient une expression de tristesse, qui en détruisait l’éclat.