Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/354

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

puis allait se coucher dans une manière de soupente pratiquée en un coin de l’écurie.

Ses rêves en général étaient peu compliqués et sans grande couleur ; ses chevaux, la plupart du temps, en faisaient tous les frais. Une fois il se réveillait en sursaut au milieu des efforts qu’il faisait pour relever le limonier qui s’était abattu ; une autre fois la Grisa s’était pris les pieds dans la corde de l’attelage. Une nuit il songea qu’il venait de mettre à son fouet une belle mèche toute neuve, et que son fouet refusait obstinément de claquer ; cette vision l’émut si fort, qu’étant venu à se réveiller, il saisit celui qu’il avait l’habitude de placer chaque soir à côté de lui, et pour bien s’assurer qu’il n’était pas frappé d’impuissance et privé de la plus belle prérogative qui appartienne au charretier, il se mit à le faire résonner au milieu du silence. A ce bruit, la chambrée entière fut en émoi, les chevaux effrayés se levèrent en confusion, se ruèrent en hennissant les uns sur les autres, et manquèrent de briser leurs longes ; mais avec quelques paroles calmantes, Pierre Leroux apaisa tout ce tumulte, et chacun se rendormit ; c’était là un des événemens marquans de sa vie qu’il ne manquait guère de raconter