Page:Balzac, Chasles, Rabou - Contes bruns, 1832.djvu/51

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de son bagage, et il devait le défendre comme une chose à lui.

Or ce capitaine était en face de moi, dans la cabane où je reçus un si favorable accueil ; et sa femme se trouvait à l’autre bout de la table, vis-à-vis le colonel. Elle se nommait Rosina. C’était une petite femme, fort brune, mais portant, dans ses yeux noirs et fendus en amande, toutes les ardeurs du soleil de la Sicile. Quoiqu’elle fût en ce moment dans un déplorable état de maigreur ; qu’elle eût les joues couvertes de poussière comme un fruit exposé aux intempéries d’un grand chemin ; qu’elle fût vêtue de haillons, fatiguée par les marches ; que ses cheveux en désordre et collés ensemble fussent entièrement cachés sous un morceau de châle en marmotte, il y avait encore de la femme chez elle ; ses mouvemens étaient jolis ; sa bouche rose et chiffonnée, ses dents blanches, les formes de sa figure, sa gorge, attraits que la misère, le froid, l’incurie, n’avaient pas tout-à-fait dénaturés, parlaient encore d’amour à qui pouvait penser à une femme. C’était, du reste, une de ces natures frêles en apparence, mais nerveuses, pleines de force et construites pour la passion.