Page:Balzac - Œuvres complètes, éd. Houssiaux, 1874, tome 16.djvu/58

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— La première condition de notre foi étant de croire que le monde est à l’homme, il faut m’octroyer ce point, dit Laurent.

— Hé ! bien ! soit, répondit l’impatient Charles de Valois déjà fasciné.

— Hé ! bien, sire, en ôtant Dieu de ce monde, que reste-t-il ? l’homme ! Examinons alors notre domaine ? Le monde matériel est composé d’éléments, ces éléments ont eux-mêmes des principes. Ces principes se résolvent en un seul qui est doué de mouvement. Le nombre trois est la formule de la création : la Matière, le Mouvement, le Produit !

— La preuve ? Halte-là, s’écria le roi.

— N’en voyez-vous pas les effets ? répondit Laurent. Nous avons soumis à nos creusets le gland d’où doit sortir un chêne, aussi bien que l’embryon d’où doit sortir un homme ; il est résulté de ce peu de substance un principe pur auquel devait se joindre une force, un mouvement quelconque. À défaut d’un créateur, ce principe ne doit-il pas s’imprimer à lui-même les formes superposées qui constituent notre monde ? car partout ce phénomène de vie est semblable. Oui, pour les métaux comme pour les êtres, pour les plantes comme pour les hommes, la vie commence par un imperceptible embryon qui se développe lui-même. Il existe un principe primitif ! surprenons-le au point où il agit sur lui-même, où il est un, où il est principe avant d’être créature, cause avant d’être effet, nous le verrons absolu, sans figure, susceptible de revêtir toutes les formes que nous lui voyons prendre. Quand nous serons face à face avec cette particule atomistique, et que nous en aurons saisi le mouvement à son point de départ, nous en connaîtrons la loi ; dès lors, maîtres de lui imposer la forme qu’il nous plaira, parmi toutes celles que nous lui voyons, nous posséderons l’or pour avoir le monde, et nous nous ferons des siècles de vie pour en jouir. Voilà ce que mon peuple et moi nous cherchons. Toutes nos forces, toutes nos pensées sont employées à cette recherche, rien ne nous en distrait. Une heure dissipée à quelque autre passion serait un vol fait à notre grandeur ! Si jamais vous n’avez surpris un de vos chiens oubliant la bête et la curée, je n’ai ai jamais trouvé l’un de mes patients sujets diverti ni par une femme, ni par un intérêt cupide. Si l’adepte veut l’or et la puissance, cette faim procède de nos besoins : il saisit une fortune, comme le chien altéré lappe en courant un peu d’eau ; parce que ses fourneaux