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CONTES DRÔLATIQUES.

à son arrivée en ce pays, le sieur de Bueil feut prins de maladie et trespassa desplourablement sans faire aulcuns remèdes, maulgré les ferventes requestes que luy avoyt adressées elle qui parle, ains sans succès, pour ce que il haïoyt les physicians, maistres myres et apothicaires ; et que cecy estoyt toute la vérité.

Lors par nous ha esté dict à l’accusée que elle tenoyt par ainsy pour vrays les dires du bon sire Harduin et de l’hostelier Tortebras. Par elle qui parle ha esté respondu que elle les recognoissoyt pour évidens pour la plus grand part, et aussy pour maulvais, calumnieux et imbécilles en aulcuns endroicts.

Lors par nous ha esté requise l’accusée de déclairer si elle avoyt eu amour et copulation charnelle avecques tous les hommes nobles, bourgeoys et aultres dont tesmoingnent les plainctes et déclarations des habitants. A quoy par elle qui parle ha esté respondu trez effrontément : Amour, oui ; mais copulation, ie ne sçays.

Par nous lors luy ha esté dict que tous estoyent morts par son faict. Par elle qui parle ha esté dict que leur mort ne sçauroyt estre son faict, pour ce que tousiours se refusoyt à eulx, et tant plus les fuyoyt, tant mieulx venoyent-ils, et la sailloyent, elle qui parle, avecques raiges infinies ; et alors que, elle qui parle, estoyt par eulx prinse, bien y alloyt-elle de tout son mouvement à la graace de Dieu, pour ce que elle sentoyt des ioyes à nulles aultres pareilles en ceste chouse. Puis ha dict, elle qui parle, advouer ses secrets sentimens unicquement pour ce que par nous elle estoyt requise de dire la vérité de tout, et que, elle qui parle, redoutoyt moult les gehennemens des torssionnaires.

Lors par nous luy ha esté demandé de nous respondre, à poine de torteures, en quel pensier estoyt-elle alors que ung homme noble mouroyt par suite de ses accointances avecques elle. Lors par elle qui parle ha esté respondu que elle demeuroyt toute mélancholieuse et vouloyt se deffaire ; prioyt Dieu, la Vierge et les Saincts de la recepvoir en paradis, pour ce que iamais, elle qui parle, n’avoyt faict rencontre que de beaulx et bons cueurs en lesquels n’estoyt nul vice, et que elle tomboyt, les voyant deffuncts, en grans tristifications, se cuydoyt une créature malfaisante ou susbiecte d’un maulvais sort que elle communicquoyt comme peste.