Page:Balzac - Les petits bourgeois, tome 1, 1855.djvu/32

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

l’habitude de voir à travers des besicles avait jeté sur ses prunelles une espèce de brouillard. Entre dix-huit et trente ans, le jeune Thuillier eut des succès auprès des femmes, toujours dans une sphère qui commençait à la petite bourgeoisie et qui finissait aux chefs de division ; mais on sait que sous l’Empire la guerre laissait la société parisienne un peu dépourvue en emmenant les hommes d’énergie sur les champs de bataille, et peut-être, comme l’a dit un grand médecin, est-ce à ce fait qu’est due la mollesse de la génération qui occupe le milieu du dix-neuvième siècle. Thuillier, forcé de se faire remarquer par des agréments autres que ceux de l’esprit, apprit à valser et à danser au point d’être cité ; on l’appelait le beau Thuillier, il jouait au billard en perfection, il savait faire des découpures, son ami Colleville le serina si bien qu’il pouvait chanter les romances à la mode. Il

— 141 --

résulta de ces petits savoir-faire cette apparence de succès qui trompe la jeunesse et l’étourdit sur l’avenir. Mademoiselle Thuillier, de 1806 à 1814, croyait en son frère comme mademoiselle d’Orléans croit à Louis-Philippe ;