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le sang de la coupe

Vends les bois où dormaient Viviane et Merlin !
L’aigle des monts n’est fait que pour ta gibecière,
La neige vierge est là pour fournir ta glacière,
Le torrent qui bondit sur le roc sibyllin
Et vole, diamant, neige, écume et poussière,
N’est plus bon qu’à fouetter l’aile de ton moulin !

Pour trouver les rubis en guirlandes pareilles
À celles des raisins que la pluie a mouillés
Et dont la grappe ardente est la gloire des treilles,
Que les caveaux profonds soient avec soin fouillés !
Fends le sépulcre et touche aux cadavres souillés
Pour prendre leurs anneaux et leurs pendants d’oreilles !

N’épargne rien ! demande à la création
Le pain de ta fureur et de ta passion !
Triomphe ! empêche-la de rester la plus forte !
Et si tu t’aperçois, pour ta punition,
Que sous tes pieds la terre agonisante est morte
Et que même ton ciel est vide, que t’importe !

Si ton peuple, parmi lequel tant de héros
M’ont fait voir la beauté virile et sans mélange,
Montre, effrayant le jour, des mufles de taureaux
Et des yeux d’éléphant, comme les Dieux du Gange ;
Si tes poëtes, las de fléchir des bourreaux,
Traînent le laurier vert dans le vin et la fange ;