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le sang de la coupe

De vos guerres sans fin réparant les désastres,
Elles peuvent, enflant les clairons à grand bruit,
Élever vos exploits jusqu’au-dessus des astres,
Ou les ensevelir dans l’éternelle nuit.

Et, selon votre culte envers les chants lyriques,
Elles vous montreront à l’avenir lointain
Comme des combattants de guerres héroïques,
Ou comme des brigands affamés de butin.

N’offensez pas l’Amour ailé, roi de la terre,
Soit qu’il tienne la foudre ou qu’il tresse des fleurs ;
Car il dompte les loups et la noire panthère,
Et de leurs yeux pensifs il arrache des pleurs.

Et souvent laissant là ses traits, au crépuscule,
Pour braver les grands Dieux dont il a triomphé,
Il entoure ses reins, comme le jeune Hercule,
De la peau d’un lion dans ses bras étouffé.

Ah ! ne dédaignez pas la céleste harmonie !
Malheur à l’insensé qui déchire et qui mord
Le renom de Cypris, mère de tout génie :
Les Dieux lui garderont la folie et la mort !

Ainsi parlait Calchas, et les guerriers farouches
Attachés à sa lèvre avec des liens d’or,
Et tous les chefs laissaient échapper de leurs bouches
Des acclamations pour le fils de Thestor.