Page:Banville - Œuvres, Les Cariatides, 1889.djvu/59

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Et voulait soutenir avec sa faible main
Ces Atlas accablés d’un univers humain.
Puis enfin, las un jour de leur tâche première,
Grands astres consumés par leur propre lumière,
Ils moururent devant les peuples étonnés,
Debout comme il convient aux hommes couronnés !
   Alors ce fut sur nous comme une nuit étrange,
Où nul rayon d’en haut ne dora notre fange,
Où rien ne traversa le murmure profond
Que soulève l’idée et que les choses font.
Seulement, au lointain, sur les vertes collines,
On entendait gémir dans les brises divines
Un mélange confus de sanglots et de voix.
C’était le cri plaintif des Muses d’autrefois,
Exhalé, frémissant d’une douleur amère,
Sur la lyre d’Orphée et la lyre d’Homère !
Et leur plus jeune sœur, cet ange des amours,
Qui des plus pâles nuits jadis faisait des jours,
Qui du poète aux rois étendait son empire,
Cette sœur de Molière, amante de Shakespeare,
Racontait sa détresse au chœur aérien.
Qui me consolera ? disait-elle, mais rien
Ne répondait encore à ses paroles vaines.
Son sang libre et jaloux gonflait partout ses veines,
Mais dans la nuit profonde où sommeillait la foi,
Nul flambeau ne disait à l’homme : Lève-toi !
Et comme les débris de cette antique Égypte,
Où, dans leur pyramide ou leur obscure crypte,