Page:Banville - Socrate et sa Femme, 1886.djvu/43

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Ma méchanceté rare et mes fureurs ingrates.
Devant tous ces gens-là je veux que tu me battes.
Devant tous. Les petits pour voir tendront leurs cous.
Vite ! Bats-moi. Je veux expirer sous tes coups.
Alors que tu m’aimais, je te battais moi-même :
À présent, c’est mon tour, puisque c’est moi qui t’aime !
Cher mari, tu pleurais, tu pâlissais d’effroi,
Me croyant morte. Allons, pas de pitié. Bats-moi !


Socrate.

Non pas.


Xantippe.

Non pas. Mon cher petit Socrate, bats-moi vite !


Socrate.

Je ne te battrai pas.


Xantippe.

Je ne te battrai pas. De grâce ! Je t’invite
À me battre !


Socrate.

À me battre ! Mais non.


Xantippe.

À me battre ! Mais non. Je t’en supplie.


Socrate, paternel.

À me battre ! Mais non. Je t’en supplie. Allons !


Xantippe, lui tendant le bâton..

Tiens, ne me soumets pas à des détours si longs !
Socrate, bats-moi.


Socrate.

Socrate, bats-moi. Pas du tout.