Page:Barbey d'Aurevilly-Les diaboliques (Les six premières)-ed Lemerre-1883.djvu/305

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était une hypocrite du premier ordre que cette comtesse. Elle l’était comme on est blonde ou brune, elle était née cela. Aussi pratiquait-elle le mensonge au point d’en faire une vérité, tant elle était simple et naturelle, sans effort et sans affectation en tout. À travers une habileté si profonde qu’on n’a su que depuis bien peu de temps que c’en était une, il a transpiré des bruits bientôt étouffés par la terreur qui les transmettait… À les entendre, cet Ecossais qui n’aimait que les cartes, n’a pas été seulement l’amant de la comtesse, laquelle ne le recevait jamais chez elle comme tout le monde, et, mauvaise comme le démon, lui campait son épigramme comme à pas un de nous, quand l’occasion s’en présentait !… Mon Dieu, ceci ne serait rien, s’il n’y avait que cela ! Mais le pis est, dit-on, que le dieu du chelem avait fait chelem toute la famille. Cette pauvre petite Herminie l’adorait en silence. Mlle Ernestine de Beaumont vous le dira si vous le voulez. C’était comme une fatalité. Lui, l’aimait-il ? Aimait-il la mère ? Les aimait-il toutes les deux ? Ne les aimait-il ni l’une ni l’autre ? Trouvait-il seulement la mère bonne pour entretenir sa mise au jeu ?… Qui sait ? Ici l’histoire est fort obscure. Tout ce qu’on certifie, c’est que la mère, dont l’âme était aussi sèche que le corps, s’était prise d’une haine pour