Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/135

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d’un éloignement que je crois maintenant éternels. Grâce à une intelligence qui juge les choses et les personnes en elles-mêmes, vous ne vous êtes jamais inquiétée de ce qui a toujours prévenu contre moi les esprits les plus bienveillants. Dans tout ce que vous avez fait pour moi, c’est ce qui m’a le plus touché. Comme vous l’avez rappelé toute l’heure, vous avez eu foi en Ryno de Marigny, malgré les circonstances, malgré sa réputation, malgré les dissipations et les torts réels de sa vie ; car j’en ai eu, sans doute : je ne m’épargne pas de sévères jugements. Vous avez donc, ma véritable mère, créé en moi un sentiment analogue à celui que Mahomet exprimait quand il disait de Khadidja : « J’ai aimé des femmes plus jeunes et plus belles, mais personne comme elle, car elle croyait en moi alors que personne n’y croyait. »

Ryno de Marigny avait l’accentuation fort éloquente. Les plus simples paroles prenaient en passant dans sa bouche des vibrations extraordinaires. Ce commencement de son récit toucha jusqu’aux larmes la marquise, qui lui donna sa main à baiser. Elle éprouvait le meilleur plaisir des belles âmes, — la conscience d’avoir été généreuse et d’avoir créé une affection dans un noble cœur, avec une générosité.

Marigny poursuivit après un silence :