Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/156

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J’accepte la partie ! mais je vous préviens a l’avance que vous ne jouerez pas sur du velours. Elle vous a en exécration. Je crois toujours qu’elle vous a entendu, au boulevard, me dire votre opinion sur elle, car il serait singulier que sans une cause quelconque de ressentiment, elle eût contre vous l’instinct répulsif dont elle est armée. Ce matin encore, je lui ai parlé de vous. Je lui ai demandé si elle avait remarqué hier la personne avec qui j’étais. Je lui ai dit quel rang vous teniez dans la fashion parisienne. J’ai fait de vous un magnifique portrait moral… ou immoral, comme vous voudrez. J’ai été votre Van Dyck et celui de vos maîtresses, dont j’ai eu grand soin de ciseler les noms dans tous mes récits. Mais rien n’a pu l’amener à modifier le gracieux refrain qu’elle a mis à toutes mes chroniques ; « C’est possible, — me disait-elle, — mais que voulez-vous ? il me déplaît. »

« Ce matin, — ajouta le comte de Mareuil, — elle m’a annoncé qu’elle ne souperait pas avec nous. À ce propos, il y a eu une scène affreuse entre elle et sir Reginald, qui, d’ordinaire, est fort soumis à ses bizarreries, mais qui, hospitalier comme un Anglais, n’entendait pas qu’on manquât chez moi, son hôte, aux lois de l’hospitalité. Elle a même brisé de colère un beau vase antique, rapporté de Pœs-