Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/213

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appartement, rue Ville-l’Évêque. Je ne m’en souciais qu’à moitié : non par un motif élevé de convenance ; j’étais si jeune et si fou ! mais pour une raison plus frivole, tirée de la seule élégance des mœurs. Je ne trouvais pas digne de moi de n’avoir qu’une maison avec ma maîtresse comme avec une femme légitime ; mais elle l’exigea violemment, et elle m’étreignait dans les liens d’une félicité si puissante que je cédai. Vous pouvez penser, chère marquise, quel éclat fit cette habitation publique, officielle, qui bravait la honte, d’une femme mariée avec son amant, et d’une femme qui avait quitté son mari en lui disant où elle allait. On en parla partout. Le scandale fut complet. Moi qui tenais à la haute société de Paris par ma naissance et mes relations, j’inspirai toutes sortes d’horreurs à des femmes que vous connaissez, et qui pourtant ne me fermèrent pas leurs salons. Vellini, n’appartenant pas à cette société où l’opinion trône sur toutes les lèvres, ne put pas souffrir de ces jugements qu’elle ignorait. Elle les aurait connus, du reste, qu’elle eut aimé à les braver. C’était presque autant pour tenir tête au monde que pour vivre d’une vie plus intimement fondue, qu’elle avait voulu habiter avec moi. D’une audace de cœur impassible, ne trouvant jamais dans son âme ces préjugés qui engendrent