Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/273

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l’autre. On comprenait que leur amour bût été une prédestination.

Mlle de Polastron était en blanc, chargée de dentelles, mise comme toutes les mariées du monde. Elle baissait ses longues paupières sur ses joues où l’émotion versait de la pâleur, mais de la pâleur lumineuse. À ces flots de mousseline des Indes, qui enveloppaient sa beauté sainte comme d’un nuage et dans lesquels les souffles de la démarche trahissaient la précision des plus purs contours, à sa virginité d’attitude, à cette fusion divinement tempérée de la chasteté et de l’amour, on pensait, malgré soi, à l’Étoile du Matin, invoquée dans les Litanies. Son voile de Malines — ce manteau impérial de toutes les mariées, fragile, hélas ! comme leur empire, — descendait jusqu’à ses pieds, et elle le portait de manière à justifier ce grand nom de la fille de Charlemagne qu’on avait osé lui donner. Près d’elle se tenait Marigny. Il était mis avec la simplicité qui sied aux hommes sûrs de leur puissance. Sans doute il était heureux, puisqu’il épousait celle qu’il aimait depuis longtemps ; mais pourquoi la pensée que, dans quelques heures, il pourrait presser librement sur son cœur cette adorable jeune fille, ne lui attachait-elle pas aux tempes un plus splendide éclair ? Quelle était la rêverie inconnue dont le voile se dépliait