Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/28

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d’égoïsme sans grandeur. Cet appartement — boudoir dessiné en forme de tente — était gris de lin et rose pâle, et il était aussi chaud, aussi odorant, aussi ouaté que l’intérieur d’un manchon.

C’était le boudoir d’une femme qui n’avait jamais boudé infiniment, mais qui ne boudait plus du tout, — de la vieille marquise de Flers.

Une petite table en laque de Chine, couverte de porcelaines du Japon, était placée devant un large feu qui achevait de se consumer en braise ardente. La théière ouverte attendait l’infusion parfumée. La bouilloire d’argent bruissait… rêveur murmure qu’a chanté Wordsworth, le lakiste, quoique ce ne fût pas le bruit d’un lac.

Aux deux angles de la cheminée, dans de grands fauteuils de velours violet, deux femmes, vieilles toutes deux, au front carré, encadré de cheveux gris lissés, l’air patricien, — physionomie de plus en plus rare, — causaient peut-être depuis longtemps. Elles ne travaillaient pas ; elles étaient oisives ; mais le rien-faire sied à la vieillesse, surtout quand elle a cette dignité. Entre ces deux nobles et antiques cariatides, entre ces vieilles aux mains luisantes et polies comme la porcelaine dans laquelle elles allaient boire leur thé, il y avait, capricieusement assise sur un coussin de divan, à leurs