Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/281

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Excepté un seul, pourtant, — qui n’avait pas profané l’amour, renié le passé, en l’oubliant, — celui de Mme de Mendoze, mourant d’un sentiment trop fort, déchirée par les limiers du monde, et venue, dans sa dernière heure de détresse, s’abattre aux pieds de l’autel où son Marigny s’enchaînait à la vie d’une femme qui n’était pas elle, comme une biche blessée au bord des eaux.

Et elle, l’âme douce et bonne, la comtesse Martyre de Mendoze (car elle s’appelait Martyre ; sortie du sein de sa mère par le fer, elle en avait été meurtrie et on l’avait appelée Martyre. Y a-t-il donc toute une destinée dans un nom ?…) n’était point venue là poussée par une passion égoïste et mauvaise, une curiosité haineuse ou jalouse. Lys broyé qui ne donnait plus de parfums depuis que la douleur avait macéré ses feuilles blanches, elle ne haïssait pas Hermangarde et elle pardonnait à Marigny. Héroïque d’humilité tendre, elle comprenait qu’il ne l’aimât plus et elle en mourait. L’idée l’avait prise d’assister à la navrante cérémonie qui achevait le malheur de son âme ; d’en savourer, un à un, tous les détails… Cruelle fantaisie que les cœurs brisés connaissent ! On agace la plaie qui saigne ; on égoutte sur ses lèvres la coupe de poison.

Ah ! ce jour-là, elle souffrit plus qu’elle