Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/30

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fond duquel il y avait comme une prière que sa grand’mère entendit.

— Non, il ne viendra pas, — reprit la marquise d’un ton absolu, mais sans dureté. — Et quand il viendrait, ma chère Hermangarde, je ne veux pas qu’il te trouve ici maintenant. Il sait qu’à minuit tu rentres chez toi quand je ne reçois pas. En te voyant, il s’imaginerait que tu l’as attendu. Il croirait qu’il bouleverse tes habitudes. Vraiment ce serait trop tôt déjà ! L’amour le plus sincère n’est pas exempt de fatuité. Souhaite le bonsoir à madame d’Artelles, et va fermer ces grands yeux bleus auxquels je défends de pleurer.

— Votre grand’mère a raison, ma chère Hermangarde », dit la comtesse d’Artelles à son tour, avec une gravité froide qui tranchait sur le ton aimable de Mme de Flers.

Écrasée sous la double opinion de ces deux vénérables Sagesses, Hermangarde obéit sans répondre. Quelque Parisienne que l’on soit, quand on est très bien élevée, on a une petite obéissance dont le silence est presque romain. C’est l’avantage des filles comme il faut sur les filles qui ne le sont pas. Les enfants trop aimés des bourgeois murmurent toujours. D’ailleurs, Hermangarde était digne de son nom carlovingien. Elle était fière ; fière et tendre, combinaison funeste ! Les grandes choses manquant