Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/33

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confondue, — vous avez la tête encore plus perdue qu’Hermangarde ?

— N’est-ce pas ? — dit en riant doucement la marquise. — Tenez ! prenez une tasse de thé, ma chère. — Et l’aimable femme allongea sa main restée belle au bout d’un bras qui avait été beau, inclina la théière, et versa le breuvage musqué dans la tasse de son amie, comme pour lui faire digérer ce qu’évidemment elle ne digérait pas, — le mariage de la petite-fille et le calme de la grand’mère.

— Oui, vous avez la tête encore plus perdue qu’Hermangarde, — reprit la comtesse, tenant à justifier jusqu’au bout ses étonnements et ses craintes, — car vous êtes du monde, et d’ordinaire vous en écoutez mieux la voix. Or, le monde a sur le mari de votre fille les opinions les plus tranchées, les plus répandues et malheureusement les moins flatteuses. On dit que c’est un joueur qui a jeté aux quatre vents du ciel et des tapis verts tout ce qu’il avait, si jamais il a eu quelque chose. C’est un homme qui a toujours vécu comme un aventurier, et qui s’en vante ! C’est enfin un libertin effréné, qui a compromis une foule de femmes dont vous savez les noms aussi bien que moi, ma chère. Ai-je besoin de vous défiler ce chapelet ?

— Oui, défilez ! défilez ! — interrompit la mar-