Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/52

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


latente, d’une gravitation secrète, comme les plantes qui n’ont pas besoin qu’on casse leurs tiges pour se retourner vers le soleil. Aussi, la religion exceptée, qui s’excepte de toutes les choses humaines, la marquise avait-elle appliqué un système hardi de laisser faire, laisser passer, à toutes les impulsions d’Hermangarde, et ces impulsions s’étaient produites comme les feuillages, les fruits et les fleurs, dans un oranger d’Albenga poussé en pleine liberté de terre et de ciel. Belle à rendre amoureux tous les peintres. Mlle de Polastron avait une âme à rendre tous les moralistes fous. Sa grand’mère put la gâter impunément, et elle n’y manqua pas. Mais en regardant comme des lois éternelles les instincts délicats et fiers de sa petite-fille, la vieille marquise de Flers montra encore plus d’intelligence que de tendresse.

C’était une nature sérieuse et contenue que Mlle Hermangarde de Polastron. Elle n’avait pas, elle n’aurait jamais eu l’ardeur d’enjouement, le charme osé et vainqueur qui avait fait de son aïeule l’étoile la plus étincelante des Nocturnales de Versailles. Hermangarde, la chaste Hermangarde, avait une puissance bien moins conquérante et généralement bien moins sentie que celle de la marquise de Flers, de cette éclatante blonde, piquante comme une brune, qui pouvait porter des deltas de ruban