Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/64

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Mme de Mendoze, plus souffrante que jamais, affaissée sur un divan, et dont l’œil rougi, fatigué d’attendre, avait l’hébétement d’une rêverie folle. Tout à coup, elle la vit devenir plus pâle encore, et ses yeux lourds s’agrandir et projeter des rayons comme deux soleils. Un mouvement insensé qui n’était pas un sourire, agita ses lèvres flétries qu’un jet de sang — envoyé par le cœur sans doute — colora :

« Voyez-vous — dit une voix derrière Hermangarde — cette pauvre madame de Mendoze et l’effet que produit sur elle l’arrivée de M. de Marigny ? »

La jeune fille n’en entendit pas davantage. Elle ne vit plus Mme de Mendoze. Elle vit Marigny debout contre la portière de velours pourpre qui retombait en plis nombreux derrière sa tête, et sur laquelle il se détachait avec une sombre netteté. Il était tout en noir. Elle ne l’analysa pas. Elle ne le jugea pas. Sa première pensée fut le Lara de lord Byron ; la seconde, qu’elle aimait.

Alors, involontairement et par un mouvement de rivale heureuse, puisqu’il ne l’aimait plus, elle se reprit à regarder Mme de Mendoze. L’émotion n’avait pas lâché la malheureuse comtesse. D’inépuisables éclairs jaillissaient de son regard incendié. Mais les lèvres payaient cher la vie qui leur était revenue. Elles en déposaient le