Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/66

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blasé. Il s’avança vers elle, et, tournant le dos à Mme de Mendoze, il vint saluer Mme de Flers pour voir de plus près cette idéale jeune fille, — attirante, invincible et belle comme une illusion.

« C’est mademoiselle de Polastron ? » — dit-il, en s’inclinant devant Hermangarde, mais il n’ajouta rien de plus. Lui qui savait si bien parler le langage de la flatterie, lui (disait-on) le plus éloquent des corrupteurs, il ne risqua pas avec Mme de Flers un seul de ces éloges que la beauté d’Hermangarde arrachait également aux hommes et aux femmes. Un respect qu’il n’avait jamais senti en présence d’une créature humaine lui inspira de se taire. Sa parole lui semblait trop prostituée pour qu’il osât s’en servir… Peut-être aussi craignait-il de se trahir ; car, depuis cinq minutes, il aimait, et, pour la première fois, — sensation étrange et maudite ! — il tremblait de ne pas être aimé.

Mais, quelques jours après cette soirée, il avait repris, une par une, toutes les sécurités de son infernal orgueil. Il était allé chez la marquise, et l’âme naturelle d’Hermangarde s’était ouverte comme un livre, sur toutes les pages duquel il put lire son nom. Certain d’être aimé et assez épris pour vouloir le bonheur suprême au prix des liens qu’il avait jusque-là redoutés, il s’efforça de plaire à la