Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/68

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Marigny étaient encore la meilleure mise. « Les passions — pensait-elle — font moins de mal que l’ennui, car les passions tendent toujours à diminuer, tandis que l’ennui tend toujours à s’accroître. » Enfin, elle se connaissait à l’amour, et celui de Marigny était sincère et loyal. Il avait des dettes, « mais Hermangarde — disait-elle avec une élévation très spirituelle — a quatre-vingt mille raisons pour se passer de la fortune d’un mari. » Un soir, troublée comme une fille noble et une chaste fille, Hermangarde avait avoué son amour et caché dans les plis de la douillette de sa grand’mère des rougeurs à rendre jalouse la blancheur des marbres. La vieille douairière l’avait absoute et bénie. Elle avait hâte d’assurer le bonheur de sa chère enfant, avant de mourir. Elle avait donc approuvé le mariage dont ils avaient, ces heureux enfants, célébré les fiançailles dans leurs cœurs. Au lever du rideau de cette histoire, il ne leur restait plus qu’un mois à attendre ; le plus long de tous, puisqu’il est le dernier ! Depuis un an, la comtesse d’Artelles ne s’était pas démentie. Elle n’avait pas cessé d’envisager avec mécontentement et avec défiance l’amour d’Hermangarde, qui grandissait de plus en plus dans cette intimité, couverte des ailes de la marquise. L’amabilité de Marigny