Page:Barbey d'Aurevilly - Une vieille maitresse, tome 1.djvu/71

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Elle lui avait donné un dîner des dieux : un petit repas, substantiel, savoureux et fin, calculé de manière à ce qu’il excitât sans irriter et communiquât une activité suffisante… Dire comment elle savait le degré juste d’animation qu’il fallait au sang transi du vieux pécheur, ce serait répéter les mauvais propos d’un autre âge, et d’ailleurs, règle générale, les femmes savent toujours à merveille ce qu’il leur importe de savoir.

« Ce sont les délices de Capoue que votre dîner, ma chère comtesse, » dit le vicomte avec la tendre reconnaissance d’un estomac heureux depuis une heure et demie.

Car le bonheur avait commencé à la première cuillerée d’un excellent potage, et le vicomte, qui n’avait plus de dents et qui avait des principes, mangeait fort lentement.

« N’est-ce pas… — fit la comtesse comme une femme qui sait sa force, — mais il ne faut pas qu’Annibal s’endorme dans ces délices-là. »

Le trait était doublement historique : le vieux Prosny s’endormait presque toujours après son dîner.

« Non, je vais à Rome à l’instant même, — reprit le vicomte. — C’est-à-dire, — ajouta-t-il, — rue de Provence, 46, chez la señora Vellini.

— C’est donc ainsi que cette espèce s’appelle ? — dit Mme d’Artelles avec un mépris de grande dame, — le plus insolent des mépris.