Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/139

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une main comme la sienne. Tocqueville est un parlementaire bâti sur un légitimiste effacé. Sa position était difficile. Il s’en est tiré… en y restant, en faisant de l’histoire évasive et mesquine, au lieu de l’histoire impassible et courageuse. Avec les explications qu’il nous donne sur la Révolution française, soit qu’on l’accepte, soit qu’on la réprouve, en reconnaître la terrible grandeur sera également impossible.

Du reste, cette simplification, ou, pour mieux parler, ce rapetissement de l’histoire n’est guères essayé qu’en tremblant ! Il n’apparaît pas à l’état lucide. Ce n’est qu’une exécution timidement faite dans le brouillard d’un esprit confus. L’écrivain de la Démocratie en Amérique, dont on ne pouvait dire s’il était Américain ou s’il ne l’était pas, est toujours le même homme, le même incertain, le même joueur d’escarpolette éternelle. Dans ce livre-ci on rencontre de nouveau la faculté qui voit sur toute idée les deux faces, — assez triste faculté quand elle s’arrête là et qu’on n’a pas dans la pensée ce qu’il faut pour choisir la vraie, ou les embrasser l’une et l’autre en les dominant. Ici, la même perplexité, déjà éprouvée, recommence. Tocqueville, le parlementaire, l’engoué de la liberté politique comme Louis-Philippe nous l’avait dosée, est-il, oui ou non, pour la Révolution française, dont il dit : « L’ancien Régime lui a « fourni plusieurs de ses formes. Elle n’y a joint que « l’atrocité de son génie ! » Tocqueville, qui veut arra-