Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/143

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déréglée et malsaine, eh ! que voulez-vous qui reste de l’histoire, si vous lui ôtez le droit du mépris ?

Laissons toutes ces incohérences d’un homme qui ne s’entend pas avec lui-même. Tant qu’on reste dans le vocabulaire des partis, on est la dupe de leurs mensonges. Nous avons montré la valeur substantielle du livre de Tocqueville, soit qu’on le prenne pour un livre d’histoire indépendante écrit pour la postérité, soit qu’il veuille être, sous un autre aspect, un ouvrage de parti et de circonstance. Il reste à dire un mot de sa valeur littéraire. Hélas ! Tocqueville n’a pas plus grandi par la forme que par la pensée. Son style, de tournure pédantesque où le je, haï de Pascal, tient une place énorme ; son style, nombreux et fade, n’a guères que la clarté de ses embarras et la gravité de son vide. Il est presque superbe de creux ! « D’autres « — dit-il — se fatiguent d’elle (de la liberté) au « milieu de leurs prospérités. Ils se la laissent arracher « des mains sans résistance, de peur de compromettre « le même bien-être qu’ils lui doivent. Que « manque-t-il à ceux-là pour être libres ? Quoi ? Le « goût même de l’être. Ne me demandez pas d’analyser « ce goût sublime ! Il faut l’éprouver. Il entre de « lui-même dans les grands cœurs que Dieu a préparés « pour le recevoir. Il les remplit. Il les enflamme. (Un « goût qui enflamme !) On doit renoncer de le faire « comprendre aux âmes médiocres qui ne l’ont jamais « ressenti. » Est-ce M. Prud’homme qui a écrit ces