Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/179

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buté dans la faveur de la princesse de Conti par des bouts-rimés qu’il avait mieux remplis que les vers dont il trouvait la rime tout seul, et c’est faiseur de bouts-rimés à la minute qu’il aurait vraiment dû rester. Nous n’avons pas été effrayé à la manière de Saint-Simon en lisant, grâce à de Lescure, ces Philippiques où le duc voyait de si belles choses, mais nous l’avons été d’une si incroyable médiocrité.

Nous nous sommes demandé combien, dans ce fatras classique et mythologique, il y avait de vers qu’on pouvait citer dans un cours de littérature, et sur cinq odes composant un ensemble de quatre-vingt-dix-huit strophes, nous avons, le croira-t-on ? trouvé trois strophes, plus trois vers ! Encore Racine et Juvénal se réverbèrent-ils en ces trois strophes, où l’auteur n’est pas plus lui-même que partout. Il y a toujours quelque réminiscence dans sa plus pure originalité. Excepté ces trois strophes, d’une beauté commune, mais régulière, on n’a plus que platitudes et bouffissure, langage grammaticalement incorrect et presque barbare, mais où la rime règne… dans le désert. En présence d’un mérite si mince et si solitaire, on comprendrait à peine, même pour une heure, la béotienne admiration des contemporains de La Grange-Chancel, si l’on ne savait que l’admiration des hommes n’est le plus souvent ni générosité ni justice, mais joie grossière de se retrouver, soi et sa passion, dans