Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/268

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et le partisan des courtisanes, — pour les plus belles raisons de pédant : parce qu’elles sont lettrées, parce qu’elles sont les Bas-Bleus de l’Antiquité, et « quoiqu’elles ne fussent pas peut-être d’une moralité irréprochable », ajoute-t-il en douceur, ce parlementaire ! — ne peut pas ne point tenir pour des civilisations, — et des civilisations sterling, — des sociétés de cette puissance monumentale, de cette richesse, de ce luxe inouï, de ces mœurs, fabuleusement somptueuses, qui éblouirent et enivrèrent jusqu’à leurs vainqueurs. Et cela malgré la plus sauvage barbarie, cachée sous ces enchantements de la richesse et de la politesse d’un peuple si avancé dans les sciences et dans les arts ; car ils furent, entre eux, les plus grands égorgeurs, et leurs tueries, les plus grandes tueries que le soleil, accoutumé au sang comme à la mer dans laquelle tous les soirs il tombe, ait jamais éclairées de ses rayons épouvantés ! Faliés parle même, dans ses Études, de quatre-vingt mille hommes massacrés de sang-froid, en quelques jours, sur l’autel des dieux du Mexique. Mais qu’importe ! Ces peuples bouchers sont artistes comme les coquines grecques sont lettrées ! Ils n’en sont pas moins civilisés, en vertu de quelque corniche dont les siècles n’ont pu venir à bout. Ils n’en ont pas moins fait des civilisations sur les ruines desquelles l’Histoire doit pleurer toutes ses larmes, comme si tout, pour l’Histoire, était dans ce mot de civilisation, devenu presque mys-